Les effets économiques possibles des droits de douane et de la guerre commerciale de Donald Trump

4 AVR 2025
Stratégie
Fiscalité et évolutions réglementaires

La période du 1er février au 2 avril 2025 ne marque que le début de ce qui apparaît de plus en plus comme un conflit commercial plus large et plus intense. La succession rapide des droits de douane, des mesures de rétorsion et des menaces d'action économique laisse penser que la situation reste mouvante et très instable. À la date de publication de cet article, les dynamiques du commerce mondial évoluent à un rythme qui rend toute prévision de long terme difficile.

Le conflit actuel fait écho à la guerre commerciale sino-américaine de 2018, née de l'imposition par l'administration Trump de droits de douane sur les produits chinois. Ce différend avait fortement désorganisé les chaînes d'approvisionnement mondiales et fait chuter les exportations américaines vers la Chine.

La politique douanière américaine et ses motifs

Le 1er février 2024, le président Donald Trump a imposé d'importants droits de douane aux principaux partenaires commerciaux des États-Unis : Canada, Chine et Mexique. Les importateurs américains acquittent désormais une taxe de 25 % sur les marchandises venant du Canada et du Mexique. L'administration Trump a justifié ces mesures par la nécessité de limiter l'immigration illégale et le trafic de stupéfiants depuis ces pays. Elle entendait donc s'en servir comme levier pour les contraindre à agir plus fermement contre ces activités et à renforcer la sécurité aux frontières.

Canada et Mexique : les importateurs américains subissent désormais un droit de 25 % sur les marchandises de ces pays, les produits énergétiques canadiens étant taxés à 10 %.
Chine : les importations chinoises sont soumises à un droit de 10 %, d'effet immédiat.

Ces droits de douane ont eu des répercussions économiques et diplomatiques immédiates, tendant les relations avec des partenaires commerciaux clés et agitant les marchés.

Incidence sur l'économie américaine

Près de la moitié des importations américaines proviennent du Canada, de la Chine et du Mexique. Or l'analyse de Bloomberg Economics montre que les nouveaux droits pourraient réduire de 15 % l'ensemble des importations américaines. Si la Tax Foundation, établie à Washington, estime qu'ils rapporteront environ 100 milliards de dollars de recettes fédérales supplémentaires par an, ils pourraient aussi imposer des coûts importants à l'économie : désorganiser les chaînes d'approvisionnement, renchérir les coûts des entreprises, supprimer des centaines de milliers d'emplois et, en définitive, faire monter les prix à la consommation.

Certains secteurs de l'économie américaine seront particulièrement touchés, surtout l'automobile, l'énergie et l'alimentaire. Ainsi, le prix de l'essence pourrait grimper jusqu'à 50 cents le gallon dans le Midwest, le Canada et le Mexique fournissant plus de 70 % des importations américaines de brut. L'automobile est aussi exposée : les États-Unis importent près de la moitié de leurs pièces automobiles du Canada et du Mexique. Un droit de 25 % renchérira les coûts de production des constructeurs américains et pourrait ajouter jusqu'à 3 000 dollars au prix de certaines des 16 millions de voitures vendues chaque année aux États-Unis.

Les prix alimentaires pourraient aussi monter : le Mexique fournit plus de 60 % des légumes importés par les États-Unis et près de la moitié des fruits et fruits à coque.
Effets sur le Canada et le Mexique
Les deux pays dépendent fortement de leurs échanges avec les États-Unis.

Plus de 80 % des exportations mexicaines — voitures, machines, fruits, légumes, matériel médical — partent vers les États-Unis. Elles représentent environ 15 % des importations américaines.

L'effet économique d'un droit de 25 % pourrait être lourd pour le Mexique, avec un PIB amputé de 16 %, l'automobile étant la plus touchée. Le Mexique exporte près de 80 % des voitures qu'il produit vers les États-Unis, soit 2,5 millions de véhicules par an.

Le secteur énergétique mexicain est lui aussi vulnérable : les États-Unis importent environ 60 % des exportations pétrolières du Mexique, pour l'essentiel du brut destiné à leurs raffineries. Ces droits de douane pourraient renchérir le carburant dans les deux pays et peser sur leurs économies.

Le Canada fait face à des difficultés comparables. Près de 70 % de ses exportations partent vers les États-Unis, et 80 % de ses exportations pétrolières alimentent le marché américain. Les droits sur les produits énergétiques devraient peser sur son économie, compte tenu de cette dépendance.

Effets sur la Chine

La Chine dépend moins du marché américain que le Canada et le Mexique, mais le droit de 10 % pourrait avoir un effet. Depuis vingt ans, elle a progressivement réduit le poids du commerce extérieur dans son économie, à environ 37 % du PIB contre plus de 60 % au début des années 2000, ce qui lui confère une certaine résilience.

Ces dernières années, les échanges sino-américains ont ralenti, en particulier dans les secteurs déjà frappés par des droits de douane, tels les pièces automobiles et les semi-conducteurs. La Chine a donc accru son commerce avec d'autres pays, dont l'Union européenne, le Mexique et le Vietnam, ce qui amortit l'effet de nouveaux droits. Le droit de 10 % sur les produits chinois aura probablement un effet atténué du fait de ces ajustements.

Répercussions possibles et mesures de rétorsion

Les droits de douane pourraient entraîner de nouvelles dépréciations monétaires dans les pays visés, ce qui en atténuerait partiellement l'effet.
Ainsi, un yuan affaibli a déjà aidé les producteurs chinois à préserver leur compétitivité.

De même, le peso mexicain s'est déprécié d'environ 30 % depuis avril,
et le dollar canadien a reculé de 8 % depuis septembre. Ces mouvements de change pourraient compenser une partie de l'effet des droits de douane.

En représailles, des pays comme le Canada, la Chine et le Mexique imposeront vraisemblablement leurs propres droits sur les produits américains. Le Mexique l'a déjà laissé entendre, et l'accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) le permettrait sans doute.

Ce n'est pas la première fois que des représailles surviennent : en 2018, le Mexique et le Canada avaient imposé des droits de rétorsion sur les produits américains après les droits de Trump sur l'acier et l'aluminium, coûtant aux États-Unis environ 15 milliards de dollars d'exportations. De même, les exportations agricoles américaines vers la Chine ont chuté de 20 milliards lorsque Pékin a riposté.

Des droits de douane en représailles toucheraient probablement les industriels américains, en particulier dans des États comme le Nouveau-Mexique, le Texas, l'Ohio et le Maine, où les exportations vers le Mexique et le Canada sont vitales : puces semi-conductrices, pièces automobiles et produits métalliques pourraient voir leur demande reculer.

En conclusion, si les droits de douane de l'administration Trump traduisent un virage protectionniste visant à réduire le déficit commercial et à soutenir l'industrie nationale, leurs conséquences économiques plus larges pourraient être lourdes, pour les États-Unis comme pour leurs partenaires.

Si des recettes à court terme et une protection du secteur peuvent se matérialiser, la hausse des prix à la consommation, le ralentissement économique et les pertes d'emplois dans les filières exportatrices pourraient l'emporter.

La situation reste par ailleurs mouvante. De nouveaux droits sont annoncés, les représailles s'enchaînent et les pressions économiques s'accumulent. Nul ne sait si ces politiques atteindront leur but ou dégénéreront en guerre commerciale aux lourdes conséquences.

Le paysage économique mondial se recompose à un rythme inédit, et l'issue est de plus en plus difficile à anticiper.

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