Le projet saoudien NEOM a été présenté comme l'une des visions urbaines les plus ambitieuses de l'histoire moderne. Au cœur de cette initiative de 500 milliards de dollars figurait « The Line », une ville linéaire conçue pour accueillir des millions d'habitants entre deux murs de gratte-ciel réfléchissants s'étirant à travers le désert. Le concept promettait une ville sans voitures et neutre en carbone, alimentée par les énergies renouvelables et des technologies avancées.
Des informations récentes laissent toutefois entendre que la vision d'origine est fortement revue à la baisse et que le projet pourrait s'orienter vers une autre priorité stratégique : infrastructure numérique, intelligence artificielle et grands centres de données.
La vision d'origine : une ville comme nulle autre
Annoncée en 2021 dans le cadre de la Vision 2030 saoudienne, The Line devait révolutionner la vie urbaine. La ville projetée s'étendrait sur quelque 170 kilomètres de long pour seulement 200 mètres de large, et accueillerait jusqu'à neuf millions d'habitants sans voitures, sans routes ni infrastructures traditionnelles.
Il était promis aux habitants que tous les services essentiels seraient accessibles à cinq minutes de marche, et qu'un transport à très grande vitesse relierait la ville entière en une vingtaine de minutes. La conception visait à réunir durabilité, infrastructures intelligentes et services numériques avancés dans une seule mégastructure architecturale.
Malgré l'engouement, des critiques ont vite mis en doute la faisabilité du projet. L'échelle, le coût et les défis d'ingénierie étaient sans précédent, et beaucoup d'urbanistes jugeaient une telle conception difficile à réaliser.
Retour au réel : coûts, retards et révisions
En 2025 et 2026, la montée des coûts et les difficultés logistiques ont imposé de revoir l'ampleur du projet. Selon plusieurs sources, seule une petite partie de la ville pourrait être achevée d'ici 2030, et non la mégapole linéaire initialement promise.
Selon certaines estimations, la première phase pourrait être ramenée à quelques kilomètres seulement, pour une population bien inférieure aux prévisions initiales. Dans le même temps, l'Arabie saoudite investit dans de nombreux autres grands projets : Expo 2030, vastes aménagements touristiques et infrastructures liées à la Coupe du monde 2034.
Ces investissements parallèles ont fortement sollicité les financements nationaux, incitant à redonner la priorité aux projets capables de produire des retombées économiques rapides et des avantages technologiques stratégiques.
Le basculement vers l'IA et l'infrastructure de données
Les analystes du secteur évoquent récemment la possibilité que certaines parties du projet NEOM soient reconverties pour accueillir des centres de données de grande ampleur et des infrastructures d'intelligence artificielle. La situation de la région, le long de la mer Rouge, pourrait offrir des avantages pour ces infrastructures, notamment parce que l'eau de mer peut servir à refroidir des installations de calcul haute performance.
Les centres de données deviennent une pièce maîtresse de l'économie numérique mondiale. Les systèmes d'intelligence artificielle exigeant d'immenses capacités de calcul, les pays investissent massivement dans les infrastructures cloud, les centres de recherche en IA et les pôles de calcul avancé.
Dans ce contexte, NEOM pourrait devenir un pôle régional de développement de l'IA, d'informatique en nuage et d'infrastructure numérique, plutôt qu'une simple ville résidentielle futuriste.
Un repositionnement stratégique plutôt qu'un abandon
Malgré les spéculations sur un abandon du projet, les communications officielles indiquent que NEOM n'est pas annulé, mais reformulé et repensé. La stratégie de développement semble désormais privilégier les composantes économiquement viables, tout en poursuivant la construction sur certaines zones.
Concrètement, la ville-miroir emblématique de 170 kilomètres pourrait être remplacée, dans un premier temps, par un tronçon bien plus réduit, tandis que zones industrielles, infrastructures numériques et investissements technologiques s'étendraient sur l'ensemble de NEOM.
L'évolution de NEOM illustre en définitive une leçon importante sur les mégaprojets d'aujourd'hui : les stratégies de développement de long terme se déroulent rarement exactement comme prévu à l'origine. Pressions économiques mondiales, concurrence technologique et réorientations stratégiques obligent souvent les États à réexaminer la structure et la mise en œuvre de leurs grands investissements.
Loin de marquer la fin d'une vision ambitieuse, les ajustements autour de The Line reflètent peut-être une réponse pragmatique à un environnement international changeant, où résilience, capacité technologique et soutenabilité économique deviennent des piliers centraux des stratégies nationales de développement. Le conflit régional en cours pourrait en outre influer sur les calendriers et les priorités d'investissement, l'instabilité géopolitique pesant souvent sur les grands plans d'infrastructures et imposant une réaffectation stratégique des ressources.
Références