L'or a toujours occupé une place particulière dans l'économie mondiale. Il ne produit aucun revenu et n'est émis par aucun État, et il reste pourtant l'un des actifs les plus fiables du monde. Ces dernières années, il a connu une réévaluation historique depuis 2020 : plus de 130 % de hausse jusqu'en 2025, avec des records successifs au-dessus de 4 300 dollars l'once, avant de se stabiliser autour de 4 000 à 4 200 dollars fin 2025 et début 2026. Cette hausse reflète un alignement rare de forces macroéconomiques : envolée de la demande du secteur officiel (banques centrales), risque géopolitique persistant, recul des rendements réels et affaiblissement structurel du dollar, autant de facteurs qui ont rétabli l'or comme actif central de réserve et de portefeuille[1]. L'or a regagné en importance à mesure que pays, investisseurs et banques centrales cherchent de la stabilité dans un monde toujours plus incertain.
L'or et l'argent ont connu une chute soudaine et spectaculaire après avoir atteint des records, lors de la dernière semaine de janvier 2026. L'or a perdu 15 %, passant d'environ 5 600 à quelque 4 770 dollars l'once, et l'argent a reculé de 31 %, sa plus forte baisse en pourcentage depuis 1980. Ce plongeon est né d'une correction rapide après des sommets, d'une volatilité accrue déclenchée par les informations sur la nomination possible de Kevin Warsh à la présidence de la Réserve fédérale, de prises de bénéfices et d'une incertitude plus large liée aux tensions géopolitiques, à l'affaiblissement du dollar et aux inquiétudes sur l'indépendance future de la Fed[2].
Pourquoi l'or s'est réimposé après 2020
Les variations du cours de l'or au cours de la dernière décennie, et surtout depuis 2020, ne s'expliquent pas par la seule analyse de l'offre et de la demande.
La pandémie de Covid-19, la montée de l'inflation, les conflits mondiaux et des décisions politiques changeantes ont tous contribué à de profonds bouleversements de l'économie mondiale. Ces pressions ont rendu les investisseurs de plus en plus sceptiques quant à la stabilité des monnaies traditionnelles. L'or est ainsi redevenu une « valeur refuge », un moyen de conserver de la valeur quand tout le reste semble risqué.
Entre 2020 et 2026, l'or a connu l'un des épisodes de revalorisation les plus marquants de l'histoire financière moderne : son cours a progressé de plus de 130 %, atteignant plusieurs sommets historiques[3].
Cette hausse spectaculaire ne tient pas aux seuls mouvements d'offre et de demande. Elle traduit des évolutions plus profondes de la politique et de la finance mondiales : sanctions, recomposition des alliances et érosion de la confiance dans les systèmes financiers internationaux.
Un basculement structurel, non un pic passager
La hausse de l'or après 2020 tient à des mutations mondiales de long terme. Pendant la pandémie, les États ont déployé de vastes plans de relance et les banques centrales ont abaissé leurs taux. Ces politiques ont entamé la confiance dans les grandes monnaies et poussé les investisseurs vers l'or.
Historiquement, le cours de l'or montait pendant les guerres ou les crises. Aujourd'hui, les tensions géopolitiques ne sont plus temporaires : elles font partie du paysage mondial. Conflits commerciaux, sanctions, instrumentalisation de la finance et fragmentation politique rendent l'or plus attrayant que jamais, parce qu'il est politiquement neutre, exempt de risque de contrepartie et très liquide partout dans le monde.
L'or dispose donc désormais d'un seuil de soutien intégré, qui maintient les cours élevés même en période calme.
Un tournant majeur est survenu en 2022, pendant le conflit russo-ukrainien. Le gel des réserves de change russes par plusieurs pays a envoyé un message fort : même les réserves officielles d'un État peuvent devenir inaccessibles pour des raisons politiques.
Cette guerre en Europe, conjuguée à la montée des tensions au Moyen-Orient et en Asie, a fortement accru le risque géopolitique mondial. Dans le même temps, les États ont élargi l'usage des sanctions financières, rendant beaucoup de pays et d'investisseurs plus réticents à dépendre exclusivement d'actifs liés à un seul système politique[4].
L'or est particulièrement sensible aux dynamiques de guerre commerciale, comme le souligne le rapport GOLD.co.uk du 19 janvier 2026, détaillant les dernières menaces du président Trump de droits de 10 à 25 % sur des pays européens. Ces menaces ont aussitôt porté l'or, comme l'argent, à de nouveaux records[5]. Le même rapport note que la tension commerciale pèse lourdement sur le dollar américain, ce qui soutient l'or : quand le dollar recule, l'or devient plus abordable partout et donc plus attrayant pour les investisseurs internationaux.
Ces pressions ont accéléré un déplacement vers la « monnaie externe », l'or notamment : des actifs qui ne dépendent pas des engagements d'un seul État et que l'on juge plus sûrs en période d'incertitude. Cette tendance s'est renforcée encore en 2025, lorsque de nouvelles menaces tarifaires et les frictions commerciales mondiales ont ajouté à l'instabilité, poussant les investisseurs vers les valeurs refuges traditionnelles. La demande d'or a ainsi atteint des records modernes[6].
Beaucoup de banques centrales ont donc été conduites à repenser le lieu où elles conservent leur richesse. Parce que l'or ne peut être ni sanctionné ni gelé, il est devenu l'alternative privilégiée. Depuis 2022, les banques centrales sont acheteuses nettes de plus de 1 000 tonnes par an, soit environ le double du rythme de 2015-2019, ce qui a fait de la demande officielle le soutien le plus puissant et le plus durable de l'or. Les décideurs citent la diversification, la performance en crise, la couverture contre l'inflation et la résistance aux sanctions. La Chine à elle seule faisait état de treize mois consécutifs d'achats fin 2025, portant ses réserves déclarées au-delà de 2 300 tonnes[7]. D'où le rythme d'achat d'or le plus rapide de l'histoire moderne par les banques centrales
L'or et le dollar américain : une relation qui change
L'or évolue traditionnellement à l'inverse du dollar américain, mais les pressions géopolitiques ont modifié cette relation.
Si le dollar demeure la principale monnaie de réserve mondiale, sa part dans les réserves recule lentement depuis vingt ans. Beaucoup de pays diversifient leurs avoirs, non vers d'autres devises, mais vers l'or.
Cela montre que l'or sert de plus en plus de complément de prudence au dollar, et non de substitut.
Incidence sur les autres grandes devises
Les BRICS, l'or et la recomposition des équilibres mondiaux
Plusieurs pays des BRICS[8], en particulier la Chine et la Russie, ont fortement accru leurs réserves d'or. Leur objectif n'est pas de créer une monnaie mondiale adossée à l'or, mais de réduire leur dépendance au dollar et d'échapper à d'éventuelles sanctions.
L'or permet à ces pays de :
Cette demande soutenue exerce une pression haussière durable sur le cours de l'or.
Les banques chinoises et russes épuisent toutefois rapidement leur or physique, les deux pays faisant face à une demande intérieure en forte hausse sur fond de prix mondiaux record. En Chine, de grands établissements — ICBC, Agricultural Bank of China, China Construction Bank, Postal Savings Bank et Bank of China — affichent des ruptures de stock de lingots sur la plupart des formats, avec une disponibilité limitée aux petites coupures. Les analystes avertissent que, même si les prix peuvent continuer de monter, les risques s'accroissent et que les investisseurs devraient diversifier[9].
La Russie subit une pression comparable : ses réserves d'or commerciales et de banque centrale ont reculé de 46,4 % en 2024, la plus forte baisse depuis 2020, portant les avoirs nationaux à leur plus bas niveau depuis juillet 2022. Bien qu'ils soient des membres majeurs des BRICS aux positions historiquement solides sur l'or, les deux pays voient leurs stocks se vider sous l'effet d'une demande locale débridée, alors même que les cours mondiaux atteignent de nouveaux records, près de 2 906 dollars l'once[10].
Dédollarisation et quête d'actifs neutres
Le recul du dollar est l'un des moteurs les plus importants de la hausse actuelle de l'or. Beaucoup de pays n'abandonnent pas le dollar américain, mais cherchent, par prudence, à réduire leur exposition au risque géopolitique. L'or devient l'instrument privilégié de cette stratégie, parce qu'il échappe au contrôle politique.
Ce mouvement de diversification façonne peu à peu un système financier plus multipolaire, où l'or joue un rôle stabilisateur.

L'or comme symbole de confiance
Les variations du cours de l'or entre 2020 et 2026 traduisent plus qu'un comportement de marché : elles disent l'inquiétude croissante du monde quant à la stabilité politique, à la gouvernance mondiale et à la coopération économique.
Le marché de l'or continue de battre des records historiques à l'approche de 2026, porté par de fortes tensions géopolitiques, l'instabilité monétaire et une demande soutenue de valeurs refuges. Plusieurs rapports de GOLD.co.uk confirment que l'or a atteint de nouveaux sommets à plusieurs reprises en janvier, l'or comme l'argent profitant d'un monde aux prises avec l'incertitude politique et économique.
À l'heure où les décisions politiques façonnent de plus en plus les résultats financiers, l'or est devenu un point d'ancrage neutre de la confiance. Son cours dit plus que l'humeur des marchés ; il raconte une histoire claire :
le monde se fragmente, et les investisseurs cherchent des actifs susceptibles de rester stables quoi qu'il advienne.
Le marché de l'or est imprévisible : nul ne sait de quoi son avenir sera fait.
[2] Le prix de l'or et de l'argent a fortement chuté. D'où vient ce plongeon ? | Euronews
2 Banque mondiale. (2024). Commodity Markets Outlook: Precious Metals Special Focus. Washington.
[4] Geopolitical Storm Brews: Gold Shines as Ultimate Safe Haven Amidst Global Instability | FinancialContent
[5] Gold news – January gold news 2026 | GOLD.co.uk
[6] L'or s'envole à un sommet record de 5 100 $ sous l'effet de la demande refuge
[8] Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud
[9] Why A Chinese Gold Mania May Be Starting (Technical Analysis) | Seeking Alpha
[10] BRICS banks bleeding gold bars: China and Russia face runaway gold demand | Kitco News
Références